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Socrate et sa femme by Banville, Théodore Faullain de - Socrate et sa femme

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Socrate et sa femme

The Project Guten­berg EBook of Socrate et sa femme, by Théodore de Banville

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Ti­tle: Socrate et sa femme

Au­thor: Théodore de Banville

Re­lease Date: Jan­uary 12, 2006 [EBook #17501]

Lan­guage: French

Char­ac­ter set en­cod­ing: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTEN­BERG EBOOK SOCRATE ET SA FEMME ***

Pro­duced by Mireille Harmelin, and the On­line Dis­tribut­ed Proof­read­ers Eu­rope at http://dp.rastko.net. This file was pro­duced from im­ages gen­er­ous­ly made avail­able by the Bib­lio­thèque na­tionale de France (BnF/Gal­li­ca)

SOCRATE ET SA FEMME

Comédie par THÉODORE DE BANVILLE

TROISIÈME ÉDI­TION, PARIS CAL­MANN LÉVY, ÉDI­TEUR AN­CI­ENNE MAI­SON MICHEL LEVY FRÈRES, 3, RUE AUBER, 3

1886

COMÉDIE EN UN ACTE Représen­tée pour la pre­mière fois, à Paris, à la Comédie-​Française, le mer­cre­di 2 décem­bre 1885.

DU MÊME AU­TEUR

LE BEAU LÉAN­DRE, comédie en un acte, en vers. LE COUSIN DU ROI, comédie en un acte, en vers. DI­ANE AU BOIS, comédie en deux actes, en vers. LE FEUIL­LETON D'ARISTO­PHANE, pièce en un acte, en vers. LES FOURBERIES DE NÉRINE, comédie en un acte, en vers. GRINGOIRE, comédie en un acte, en prose. LA POMME, comédie en un acte, en vers.

PRÉ­FACE de THÉODORE DE BANVILLE

Que de dettes j'ai, non pas à pay­er, ce qui serait im­pos­si­ble, mais à re­con­naître, avec la plus vive grat­itude!

À mon cher con­frère, M. Jules Claretie, à l'écrivain, au ro­manci­er, au jour­nal­iste, au cri­tique d'art, à l'au­teur dra­ma­tique mille fois ap­plau­di qui ad­min­istre au­jourd'hui la Comédie-​Française, je dois les plus af­fectueux re­mer­ciements, et je les lui of­fre ici du fond du coeur. Le jour même de son en­trée en fonc­tions, avant tout autre soin, il m'a écrit de venir lire aux comé­di­ens _Socrate et sa Femme_, voulant tout de suite af­firmer sa prédilec­tion pour la Poésie, en ac­cueil­lant un de ses plus hum­bles dévots, qui est en même temps un des plus ob­stinés et des plus fidèles. D'ac­cord avec le Comité de la Comédie, il m'a don­né une hos­pi­tal­ité frater­nelle, et il a mis à ma dis­po­si­tion son goût exquis, ses con­seils, et toutes les ressources qu'of­fre le pre­mier théâtre du monde.

Que ne dois-​je pas à M. Co­quelin! Non seule­ment il a joué le per­son­nage de Socrate en grand comé­di­en, ex­pri­mant la sagesse, l'ironie, la bon­té, la su­perbe élo­quence du philosophe, bi­en mieux que je n'avais su le faire; mais il a adop­té ma comédie, il l'a mise en scène; il en a in­suf­flé la pen­sée et l'âme à ses ca­ma­rades, heureux d'écouter les con­seils de sa je­une ex­péri­ence, et certes, je puis dire que ce pe­tit poème est à lui au­tant qu'à moi.

Madame Jeanne Samary pleine de verve, d'es­prit, d'in­géniosité, de fi­nesse, d'em­porte­ment lyrique, est une Xan­tippe ab­sol­ument par­faite, et made­moi­selle Tholer a la beauté, la grâce in­génue, le charme vain­queur dont j'avais ten­té de par­er la fig­ure de Myrrhine. L'im­por­tance que j'avais dû néces­saire­ment don­ner aux per­son­nages de Socrate, de Xan­tippe et de Myrrhine, m'a con­traint à me con­tenter d'es­quiss­er les autres. Les ex­cel­lents artistes qui ont bi­en voulu s'en charg­er, mes­de­moi­selles Mar­tin et Per­soons, MM. Joli­et, Gravol­let, Fal­con­nier et Hamel, les ont in­ter­prétés de façon à en ac­centuer la vie et le re­lief.

Le pub­lic de la Comédie-​Française, si in­tu­itif, si déli­cate­ment artiste, a ap­plau­di, dans _Socrate et sa femme_, non seule­ment les in­ten­tions comiques, mais aus­si les plus sub­tiles com­bi­naisons d'har­monie et de rimes, at­tes­tant ain­si une fois de plus com­bi­en il aime la Poésie au théâtre, pourvu qu'elle soit émue et sincère.

T. B.

À L'AMI DE TOUTE MA VIE AU CRI­TIQUE ÉMI­NENT À L'ÉRU­DIT, AU SAGACE HIS­TO­RIEN

AU­GUSTE VI­TU

CETTE COMÉDIE EST FRATER­NELLE­MENT DÉDIÉE

T. B.

PER­SON­NAGES

SOCRATE, M. CO­QUELIN. XAN­TIPPE, Mme JEANNE SAMARY. MYRRHINE, Mlle THOLER. AN­TI­STHÈNES, M. JOLI­ET. PRAX­IAS, M. GRAVOL­LET. EU­PO­LIS, M. FAL­CON­NIER. DRACÈS, M. HAMEL. MÉLIT­TA, Mlle MAR­TIN. BAC­CHIS, Mlle PER­SOONS.

_La scène est à Athènes, dans la mai­son de Socrate, en l'an 429 avant Jé­sus-​Christ._

Le théâtre représente la pe­tite cour in­térieure de la mai­son de Socrate. De­vant le mur de droite et celui de gauche, per­cés cha­cun d'une porte don­nant sur les ap­parte­ments, règne une rangée de colon­nettes en bois, sou­tenant une cor­niche avancée. Le mur du fond, épais et per­cé d'une porte qui s'ou­vre sur le vestibule, est sur­mon­té d'une pe­tite ter­rasse sur laque­lle fleuris­sent des myrtes et des lau­ri­ers-​ros­es. À gauche du spec­ta­teur, quelques chais­es avec leurs coussins; à droite, une ta­ble et un lit de re­pos. Au lever du rideau, Socrate de­bout et im­mo­bile, par­le lente­ment et avec le re­gard fixe, comme ab­sorbé par une vi­sion in­térieure.

SCÈNE PRE­MIÈRE

SOCRATE, puis XAN­TIPPE.

SOCRATE.

Le corps, hideux et vil, subit tous les désas­tres; Mais l'âme suit le vol red­outable des as­tres Et, comme eux, plane aus­si dans le ciel radieux; Comme un mon­stre ef­frayant et di­vin, cou­vert d'yeux, Elle vit dans la nu­it et dans l'hor­reur sub­lime Du chaos som­bre et dans le néant de l'abîme, Et con­tre la mort même elle trou­ve un abri Dans sa pro­pre ver­tu.

XAN­TIPPE, _en­trant et ap­pelant Socrate d'une voix forte._

Socrate! mon mari!

_Cri­ant plus fort._

Socrate!

_À part._

Au­tant vaudrait ap­pel­er une souche!

_S'avançant sur le de­vant de la scène, et par­lant au pub­lic._

Citoyens, voilà comme il est. Rien ne le touche. Une fois, on l'a vu de­meur­er, d'un soleil Jusqu'à l'autre, à la pierre im­mo­bile pareil, Ab­sorbé dans son rêve, et sans chang­er de pose Pour la nu­it noire ou pour l'au­rore au voile rose. Moi, dans ces mo­ments-​là, j'étouffe. Il y parait. Ce songeur, ce dormeur éveil­lé, qui croirait Que c'est un homme je­une, et que sa femme est je­une? Il ne sait même pas s'il s'enivre ou s'il jeûne. Socrate a quar­ante ans, à peine. Il est sub­til En ef­fet, j'en con­viens; mais que de­vien­dra-​t-​il, Ce fou, dont le re­gard voltige dans la nue, Quand il au­ra neigé sur sa tête chenue? Il n'en­tend rien. Je vais, je viens, je ris, je cours, Je par­le; il se soucie au­tant de mes dis­cours Que du mur­mure d'une abeille sur l'Hymette. Mais pa­tience; puisqu'il veut que je m'y mette, Je m'en vais lui par­ler d'une telle façon Que de ma voix sans doute il en­ten­dra le son.

_Cri­ant. À Socrate,_

Socrate! Vagabond! Traître! Cru­el! Bigame! Syco­phante! Voleur!

SOCRATE, _s'éveil­lant de son rêve. Très douce­ment._

Ce n'est rien, c'est ma femme.

XAN­TIPPE.

Par Hé­cate! J'en sais de belles!

SOCRATE.

Ah! vrai­ment?

XAN­TIPPE.

Al­cib­iade, pris d'un sage mou­ve­ment, T'of­fre un présent d'ar­gent et d'or. Tu le ren­voies.

SOCRATE.

C'est dans notre ver­tu qu'il faut trou­ver des joies.

XAN­TIPPE.

Charmide en­voie ici des es­claves, afin Qu'ils tra­vail­lent pour nous; mais toi, le trait est fin, Tu les chas­ses d'ici, car tou­jours tu me braves.

SOCRATE.

Pas du tout. Qu'avions-​nous be­soin de ces es­claves?

XAN­TIPPE.

Le gain de leur labeur eût ac­cru notre bi­en.

SOCRATE.

Il est riche, celui qui n'a be­soin de rien.

XAN­TIPPE.

Et que mangerons-​nous? Du vent? De la fumée? Toi, l'on te voit, selon ta vie ac­cou­tumée, En­seignant aux pas­sants l'art sub­til de savoir Prou­ver que, si le noir est blanc, le blanc est noir. En­cor, s'ils te payaient les mots avec largesse, Et si tu leur vendais trois drachmes la sagesse! Mais non, tu n'es pas fi­er, tu pro­fess­es de­bout, Et tu vends ton savoir ce qu'il vaut: rien du tout! Tu ne veux même pas que l'on t'ap­pelle: Maître.

SOCRATE.

Que celui-​là se nomme ain­si, qui le croit être.

XAN­TIPPE.

Le beau méti­er! Re­tourne aux leçons d'où tu viens, Pérore. Garde un bras en l'air, les citoyens. Qu'on pousse vers le Pnyx avec la corde rouge. Vas-​y donc. J'aime à voir une roche qui bouge. Va-​t'en donc en­seign­er que, pétri de limon, L'homme dans son es­prit, cache un sub­til dé­mon Qui du bi­en et du mal devine le principe. Vas-​y! Pourquoi n'y vas-​tu pas?

SOCRATE, sor­tant. _Avec une ex­trême douceur._

J'y vais, Xan­tippe.

SCÈNE II

XAN­TIPPE.

J'en­rage. Le voilà par­ti, calme, et d'un pas Tou­jours égal et sûr. Non, je ne con­nais pas De mis­ères qui soient plus tristes que les mi­ennes!

_S'adres­sant au pub­lic._

Com­prenez-​vous cela, femmes athéni­ennes? Un mari dé­taché de tout, que rien ne peut Ir­rit­er, puisque nulle in­jure ne l'émeut! Ah! par­mi vous, traî­nant ma rage inas­sou­vie, Mes soeurs, il n'en est pas une que je n'en­vie. Vos maris sont pru­dents; ils vous don­nent, dit-​on, Sur le dos et les reins de bons coups de bâ­ton. Si vous les trompez, ils vous bat­tent. C'est la mode. Mais, après, quel plaisir quand on se rac­com­mode, Et comme il sem­ble doux à vos coeurs apaisés, Lorsque les coups ont plu, qu'il pleuve des bais­ers! Mais seule par­mi vous, je n'au­rai nul salaire, Hélas! puisque mon ours n'est ja­mais en colère. J'ai beau crier, hurler; quand j'ex­hale mon fiel, Il dit: «Bon. Ce n'est rien, c'est un or­age au ciel, Cela passera.» Mais je n'ai pas l'âme in­grate. J'en ferai tant, tant, tant, qu'il fau­dra que Socrate S'émeuve aus­si, dussé-​je en­fin pren­dre un ti­son, Et met­tre un jour le feu, moi-​même, à la mai­son! Qu'on puisse voir alors, sous le mur qui flam­boie, Ru­gir mon philosophe, et moi cr­ev­er de joie!

_Aperce­vant Socrate qui s'avance, en­touré d'amis, de femmes et de citoyens._

On vient. C'est lui, traî­nant à ses talons des tas De gens, de tous les bourgs et de tous les états. Trou­peau de fous! Pour mieux leur mon­tr­er ma sci­ence. Je les laisse d'abord en­tr­er sans dé­fi­ance; Puis je leur ferai voir ce que les Dieux ont mis De colère dans ma poitrine!

SCÈNE III

SOCRATE, DRACÈS, AN­TI­STHÈNES, PRAX­IAS, EU­PO­LIS, MÉLIT­TA, BAC­CHIS, Citoyens et Femmes d'Athènes

SOCRATE, _en­trant, au mi­lieu d'une foule at­ten­tive et re­spectueuse._

Chers amis, En­trez. C'est bi­en le moins qu'ici je vous reçoive.

_Mon­trant la ta­ble, où un es­clave dis­pose des am­phores et des coupes._

Voici du vin vieux; si quelqu'un a soif, qu'il boive, Et si quelqu'un de vous a soif de vérité, Qu'il écoute. Je par­le avec sincérité.

DRACÈS.

Oui, par­le-​nous, car seul, pen­dant ces jours funèbres, Tu tiens le clair flam­beau qui luit dans les ténèbres. Qui t'écoute est sa­vant et marche avec le jour. Pour moi, Dracès, bi­en vite ou­bliant tout, l'amour Et mon champ ca­ressé par la vague ma­rine, Je quitte ma mai­son et ma chère Myrrhine, Et je te su­is.

SOCRATE, _à Dracès_.

Vrai­ment, c'est trop de zèle, ami.

_Aux Athéniens._

Cepen­dant, éveil­lons notre es­prit en­dor­mi.

_À An­ti­sthènes._

Ne de­mandais-​tu pas, tout à l'heure, An­ti­sthènes, Si nous de­vons porter, vi­vants, le deuil d'Athènes?

AN­TI­STHÈNES.

Que faut-​il faire? Par un élan de li­on, En vain nous avons pris Égine et So­lion,

EU­PO­LIS.

Rav­agé l'Ar­golide,

DRACÈS.

Et pour la cause sainte Chas­sé les en­ne­mis dans les eaux de Zacinthe.

EU­PO­LIS.

Nous avons eu la guerre hi­er et nous l'au­rons De­main!

AN­TI­STHÈNES.

Vain­queurs, por­tant des lau­ri­ers sur nos fronts, Archi­damos nous prit dans ses ser­res hau­taines,

DRACÈS.

Et nous avons pu voir la peste dans Athènes!

AN­TI­STHÈNES.

Donc, le temps est venu d'être austères.

EU­PO­LIS.

Lais­sons À d'autres plus heureux les fes­tins,

DRACÈS.

Les chan­sons,

AN­TI­STHÈNES.

Les joy­aux d'or,

EU­PO­LIS.

Les arts qui firent notre gloire,

DRACÈS.

Et l'orgueil de tailler des fig­ures d'ivoire.

AN­TI­STHÈNES.

Et la Lyre!

SOCRATE, _avec ironie_.

C'est là votre sagesse!

_À Prax­ias

Et toi, Prax­ias, que dis-​tu?

PRAX­IAS.

Je dis que notre loi, C'est d'être des héros ivres de poésie; Donc, ne ren­ver­sons pas le vase d'am­broisie Où s'abreuve le pur génie athénien! Guer­ri­ers, songeons à l'art aus­si.

SOCRATE.

Tu par­les bi­en, Stat­uaire! car Sparte à la rude mamelle Ri­rait de nous, amis, si nous fai­sions comme elle; Si vous, Athéniens, l'élé­gance, l'es­prit, Le bon sens ironique et la grâce qui rit, Poêtes et sculp­teurs, maîtres en toutes choses, Vous dont le chant ailé court dans les lau­ri­ers-​ros­es, Vous lui don­niez un jour le plaisir de vous voir Sous des habits grossiers mangeant le brou­et noir! Quel que soit notre sort, vic­toires ou dé­faites, Im­posons-​lui nos chants, nos modes et nos fêtes; Toi, Prax­ias, tes Dieux à la blancheur de lys, Et toi, ta comédie au beau rire, Eu­po­lis, Et vous, votre parure et vos robes, ô femmes! Car, puisque par ses dons tou­jours nous tri­om­phâmes, N'em­pê­chons pas chez nous la Grâce de fleurir. Ri­ons, et soyons ceux qui veu­lent bi­en mourir. Soyons Athéniens! Si quelqu'un ex­am­ine Les en­fants des héros qui firent Salamine, Qu'il re­con­naisse en nous ces hommes surhu­mains! Lorsque l'in­va­sion mar­chait dans nos chemins, Af­freuse, et que les Dieux eux-​mêmes étaient tristes, Qui sut le mieux mourir par­mi nous? Les artistes. Et plus d'un tom­ba, je­une et l'oeil ét­ince­lant, Dont une Muse avait baisé le front sanglant! Alors que Xer­cès, fou de sa gloire em­pha­tique, Je­tait des mil­lions de guer­ri­ers sur l'At­tique, Quand l'Asie en fureur inondait tous nos champs, Le pein­tre, le sculp­teur, le poète aux doux chants, Ô Pal­las! ont bi­en su com­bat­tre pour ta ville; Et ce fut un sol­dat fidèle, cet Es­chyle Dont la tombe ne dit qu'un mot, selon ses voeux, C'est qu'il fut bi­en con­nu du Mède aux longs cheveux. Ah! quand nous marcherons dans les noires mêlées, Songeons dans notre es­prit aux di­vins propy­lées, Et représen­tons-​nous les tem­ples radieux Où Phidias, bril­lant de gloire, a mis les Dieux. Oui, pour que la vic­toire, amis, nous soit aisée, Il faut, cela con­vient aux en­fants de Thésée, Faire à l'heure présente ain­si qu'au­par­avant. Car Sopho­cle est vi­vant! Eu­ripi­de est vi­vant! Et déjà le lau­ri­er d'Es­chyle orne leurs têtes. Al­lons donc au théâtre ap­pren­dre des poètes Com­ment dans un pays gran­di par les re­vers Les belles ac­tions re­nais­sent des beaux vers. Soyons tels que le jour où le tré­pas rapi­de Vien­dra pren­dre Al­camène ou le je­une Eu­ripi­de, On ait as­sez par­lé de ce grand citoyen En écrivant de lui: C'est un Athénien. Les Dieux, dont la colère agite ma pa­role, Nous re­gar­dent, baignés d'azur, sur l'Acrop­ole: À l'oeu­vre donc, vous tous, pinceau, lyre, ciseau, Et toi qui fais le fil pour­pré, sa­vant fuse­au! Se­mons le blé, faisons grandir la fleur et l'ar­bre, Chan­tons les de­mi-​dieux géants, tail­lons le mar­bre, Et gar­dons la pen­sée austère de nos morts, Car, étant les plus grands, nous serons les plus forts, Et nous fer­ons ain­si des con­quêtes cer­taines.

TOUS.

Il a rai­son. Vive Socrate!

SOCRATE.

Vive Athènes!

_Lev­ant sa coupe pleine_,

Et main­tenant, bu­vons. In­vo­quons sans ter­reur La clarté du bon sens qui dis­sipe l'er­reur; Comme Athènè, l'éclair, fond la nue et dis­sipe L'ob­scu­rité!

PRAX­IAS, _lev­ant sa coupe_.

Bu­vons!

MÉLIT­TA, _de même_.

À Socrate!

_Au mo­ment où tous les au­di­teurs du maître se joignent à Mélit­ta et l'ac­cla­ment avec ad­mi­ra­tion, en­tre Xan­tippe, menaçante et fu­rieuse._

SCÈNE IV

SOCRATE, AN­TI­STHÈNES, PRAX­IAS, EU­PO­LIS, DRACÈS, MÉLIT­TA, BAC­CHIS, XAN­TIPPE, Citoyens et Femmes d'Athènes

XAN­TIPPE.

Et Xan­tippe! On ne l'in­vite pas?

AN­TI­STHÈNES.

Bonne Xan­tippe, bois Avec nous.

XAN­TIPPE.

Pourquoi pas avec les loups des bois? Qu'ap­portez-​vous ici? Du blé? Du vin? De l'huile? Non? Vous n'ap­portez rien! Pren­dre est moins dif­fi­cile Hors d'ici, fainéants! bavards! Corinthiens!

SOCRATE.

Ma femme!

XAN­TIPPE.

Hors d'ici!

_Je­tant à la volée les am­phores et les coupes_

Tiens, les am­phores! Tiens, Les coupes!

_Ren­ver­sant la ta­ble._

Tiens!

BAC­CHIS.

Voici que la ta­ble est par terre

XAN­TIPPE.

C'est ma ta­ble. Ce n'est pas moi qu'on fera taire. Cour­tisanes, et toi, ridicule ar­ti­san, Philosophes, diseurs de rien, allez-​vous-​en!

MÉLIT­TA.

Quels cris fougueux!

EU­PO­LIS.

La Peur voltige sur sa trace.

DRACÈS.

Par­tons!

PRAX­IAS.

Elle a l'as­pect ri­ant d'un sol­dat thrace.

AN­TI­STHÈNES.

Elle est brave!

BAC­CHIS.

Elle eut fait merveille à Marathon.

EU­PO­LIS.

Cepen­dant je com­prends le roi Zeus qui, dit-​on, Pen­dit au haut du ciel en­vi­ron­né de brume Sa brave femme, ayant à ses pieds une en­clume!

DRACÈS.

Par­tons vite!

BAC­CHIS.

Au revoir, Socrate.

PRAX­IAS.

Que les Dieux Te gar­dent!

SOCRATE.

J'of­fre ici tout ce que j'ai de mieux, Amis! Mon meilleur vin, la vérité suprême, Je vous les ai don­nés de bon coeur, et de même Pour votre hôtesse, car ici rien n'est changé, Je ne puis vous of­frir que la femme que j'ai! Elle est très bonne au fond, revenez tout à l'heure Comme le ciel changeant tour à tour rit et pleure, Elle va s'adoucir, les or­ages sont courts, Et nous pour­rons alors repren­dre ce dis­cours. Venez, amis.

XAN­TIPPE, _bous­cu­lant et chas­sant les hôtes de Socrate_.

Allez, ses amis! Folle en­geance, Hors d'ici! Trou­peau fait de vice et d'in­di­gence, Qui ne dit ja­mais «Non» quand ce bavard dit «Si», Allez-​vous-​en! Partez! Hors d'ici! Hors d'ici, Hon­nêtes gens!

_Tous les au­di­teurs du philosophe sor­tent, chas­sés par Xan­tippe; Socrate les guide et les ac­com­pa­gne_.

SCÈNE V

XAN­TIPPE, _puis_ MYRRHINE.

XAN­TIPPE, _con­sternée_.

J'en ai des pleurs sous la paupière. Il ne s'est pas du tout fâché. C'est une pierre. Ah! j'ai beau faire, et c'est en vain que mon sang bout: Je ne sais quel ef­fort ten­ter; je su­is à bout D'in­ven­tions.

_Aperce­vant Myrrhine_.

Quelle est cette femme si belle Qui vient chez nous?

MYRRHINE.

Salut, Xan­tippe! Je m'ap­pelle Myrrhine, et je veux voir Socrate.

XAN­TIPPE.

Bi­en. Tu veux! Mais moi, je ne veux pas. La belle aux blonds cheveux, Socrate n'est pas là.

_Myrrhine veut par­ler, Xan­tippe l'ar­rête_.

C'est bon.

MYRRHINE.

Mais...

XAN­TIPPE.

Par Aglau­re! C'en est as­sez. Ta bouche en fleur, tu peux la clore.

MYRRHINE.

Il faut...

XAN­TIPPE.

Il ne faut rien du tout. Je te con­nais, Myrrhine! ain­si que tes pareilles. Tu ve­nais, Comme les autres, dis, lui vers­er le mélange De miel et de nec­tar, la trompeuse louange! Grand mer­ci. Mon mari n'est pas à mari­er.

MYRRHINE.

Flat­ter Socrate! Moi! je viens l'in­juri­er.

XAN­TIPPE, _tout à coup radoucie_.

C'est autre chose.

MYRRHINE.

J'ai la rage en ma poitrine.

XAN­TIPPE.

Se peut-​il! con­te-​moi cela, bonne Myrrhine. L'in­juri­er! Socrate est là. Tu le ver­ras.

MYRRHINE.

Grâce à lui, mon mari s'est en­fui de mes bras. Oui, mon mari, Dracès d'Anagyre!

XAN­TIPPE.

Un bel homme, Je crois?

MYRRHINE.

Beau, pa­tient, tra­vailleur, bâti comme Her­cule, et qui naguère, avec des soins touchants, Savait plaire à sa femme et cul­tiv­er ses champs. C'est de philoso­phie à présent qu'il s'af­fame.

XAN­TIPPE.

Il nég­lige son champ, j'imag­ine?

MYRRHINE.

Et sa femme.

XAN­TIPPE.

Pau­vre Myrrhine! En­cor si Dracès était laid!

MYRRHINE.

Un jour, il en­ten­dit Socrate qui par­lait D'im­mor­tal­ité, sous les lau­ri­ers du Céphise. Dans la foule mêlé, Dracès eut l'âme prise.

XAN­TIPPE.

Comme les autres! Va, nul homme ne vaut rien.

MYRRHINE.

Depuis ce jour, il suit Socrate comme un chien. Dès le matin, sous les por­tiques, au Poe­cile, On peut voir à sa suite er­rer mon im­bé­cile. Cepen­dant, l'héritage où sa vi­gne fleu­rit, Son verg­er, son jardin...

XAN­TIPPE.

Sa femme...

MYRRHINE.

Tout périt. Oui, Dracès, n'est-​ce pas que la chose est in­digne? M'aban­donne.

XAN­TIPPE.

Et tu veux qu'il re­tourne à sa vi­gne!

MYRRHINE.

Mais je ver­rai Socrate. On dit qu'il est mo­queur, Tant mieux. Je lui di­rai ce que j'ai sur le coeur.

XAN­TIPPE.

Fort bi­en.

MYRRHINE.

Il en­ten­dra mes plaintes.

XAN­TIPPE.

À merveille, Ma soeur.

MYRRHINE.

Qu'il n'aille pas faire la sourde or­eille! S'il pense que je vais jeûn­er pour ses beaux yeux, Je lui mon­tr­erai bi­en qu'il se trompe.

XAN­TIPPE.

Tant mieux.

MYRRHINE.

Peur des phras­es! J'ai mieux que cela, je m'en flat­te.

XAN­TIPPE.

Va, tem­pête, gémis, crie, ac­ca­ble Socrate! J'y con­sens, moi qu'il fuit, dis­cour­ant et rê­vant, Pour lire des mots creux, sous la nue et le vent, Aux gens de Mun­ychie ou du port de Phalère. Ne faib­lis pas. Lorsqu'il sera bi­en en colère, Alors, ap­pelle-​moi, ma chère, nous rirons! Les hommes, crois-​le bi­en, seraient moins fan­farons, Si le mors leur bles­sait la bouche et la nar­ine. Voilà Socrate. Il vient. Du courage, Myrrhine. At­taque-​le sans peur et d'un front aguer­ri. Déchire à belles dents! Mords!

_Elle ren­tre dans la mai­son._

SCÈNE VI

MYRRHINE, SOCRATE.

MYRRHINE.

Rends-​moi mon mari, Socrate!

SOCRATE.

Qui? Dracès?

MYRRHINE.

Oui.

SOCRATE.

Tu l'auras sans doute Égaré par hasard, comme on perd sur sa route Des pièces de mon­naie ou des bi­joux de prix? Dis, c'est bi­en cela?

MYRRHINE, _avec colère_.

Non. C'est toi qui me l'a pris! C'est toi qu'il suit avec une es­pérance folle, Cher­chant tes yeux, bu­vant longue­ment ta pa­role, Écoutant tes dis­cours rusés dont il a faim, Et te suiv­ant au bord de l'Ilis­sos, afin D'ap­pren­dre la sagesse. Ô dé­mence!

SOCRATE.

Myrrhine, En toi le beau Dracès a la beauté di­vine, Les cheveux ruis­se­lants, la lèvre qui fleu­rit...--

MYRRHINE.

Que va-​t-​il donc chercher ailleurs!

SOCRATE.

C'est un es­prit Qui, par un en­tre­tien sérieux ou fu­tile, L'en­veloppe à son gré d'une flamme sub­tile; C'est la pen­sée, ain­si qu'un grand aigle ir­rité Fuyant vers la jus­tice et vers la vérité. Si tu veux près de toi le retenir, ô femme! Que ne lui mon­tres-​tu ton es­prit et ton âme?

MYRRHINE, _sur­prise_.

Que dis-​tu?

SOCRATE.

Les beaux fruits de pour­pre, les raisins Que le soleil mûrit, sur les coteaux voisins, Les mets bi­en ap­prêtés, les figues de l'At­tique, Le vin, qui met en nous la gaité prophé­tique, Tous ces tré­sors si chers à l'homme ex­tasié, Le lais­sent froid, sitôt qu'il est ras­sas­ié, Et, nous pou­vons le voir chez toute créa­ture, C'est l'es­prit qui de­mande alors sa nour­ri­ture.

MYRRHINE.

Mais...

SOCRATE.

Lorsqu'il te prit, vierge en pleine flo­rai­son, N'est-​ce pas que Dracès restait à la mai­son? Du moins on me l'a dit. Faut-​il que je le croie?

MYRRHINE.

Certes, il y restait.

SOCRATE.

Sans tristesse?

MYRRHINE.

Avec joie.

SOCRATE.

Eh bi­en! qu'y fai­sait-​il, Myrrhine?

MYRRHINE.

Il m'ad­mi­rait. «Ô cheveux plus touf­fus que l'épaisse forêt, Ors, pour­pres et blancheurs dignes d'une déesse, S'écri­ait-​il, je veux vous con­tem­pler sans cesse, Ô beautés où le ciel mit son di­vin re­flet!» Socrate, en ce temps-​là, c'est ain­si qu'il par­lait, Car mon Dracès alors n'était pas un re­belle.

SOCRATE.

Et que fai­sais-​tu?

MYRRHINE.

Moi? Je tâchais d'être belle.

SOCRATE.

Ah!

MYRRHINE.

Pour lui plaire, afin d'obéir à ses voeux, Longue­ment je baig­nais d'essences mes cheveux, Je me parais de fins tis­sus qu'un souf­fle em­porte!

SOCRATE.

Bon. Mais lorsque Dracès t'ad­mi­rait de la sorte, Après ces longs mo­ments à tes genoux passés, Que lui di­sais-​tu?

MYRRHINE, _in­génû­ment_.

Rien.

SOCRATE.

Rien? Ce n'est pas as­sez.

MYRRHINE.

Plus tard, lorsque Dracès qui me fuit et m'ou­blie, Te suiv­ait déjà, plein de sa triste folie, Sou­vent il m'a voulu redire tes dis­cours. Je lui di­sais: «Ami, les heures et les jours Sont rapi­des; pourquoi tous ces pro­pos friv­oles? Si tu me trou­ves belle, à quoi bon des paroles?» N'avais-​je pas rai­son?

SOCRATE.

Si fait! Peut-​être. Mais On peut s'en­ten­dre mal en ne par­lant ja­mais. Ô Myrrhine, dans Cypre, île de fleurs vêtue, On vit un stat­uaire épris de sa stat­ue; Mais, par bon­heur, Cypris vint à pass­er par là, Si bi­en que Galatée eut une âme et par­la. Sans quoi Pyg­malion l'eût bi­en vite lais­sée. Ta robe est de couleurs char­mantes nu­ancée; Mais on épouserait les ros­es des jardins, Si les ros­es, pour nous ou­bliant leurs dé­dains, Ou­vraient pour nous ravir leurs corolles sacrées, Et nous par­laient, après qu'on les a respirées! Toi, cepen­dant, qui peux charmer avec la voix, Ain­si que Philomèle er­rante au fond des bois, Tu di­sais: «À quoi bon? Dracès est un pau­vre homme, Ro­buste, mais naïf. Pourvu qu'il voie, en somme, Briller mes yeux de flamme aux étoiles pareils, Et le soleil jouer dans mes cheveux ver­meils, Il ne faut rien de plus à ce coeur qui s'ig­nore.» Eh bi­en! il a be­soin de quelque chose en­core! Ses yeux, si longtemps clos, sont désireux de voir: Il cherche en­fin quelle est la rè­gle du de­voir, À quoi sert notre mort, à quoi sert notre vie; Et moi, pour en­dormir sa soif inas­sou­vie, Je lui fais voir, as­sis à l'im­mor­tel fes­tin, L'homme li­bre, ou­vri­er de son li­bre des­tin!

_Avec une douceur per­sua­sive_.

Mais pour guider nos pas dans l'ob­scur labyrinthe, Qui vaut une Ar­iane, avec sa douce plainte?

MYRRHINE.

Je te com­prends.

SOCRATE.

Dracès ap­prit de moi com­ment Notre âme vers le beau s'élève, éperdû­ment, Et se rend la ver­tu docile et famil­ière. Ô Myrrhine, à ton tour de­viens son écol­ière! Si bu­vant longue­ment aux flots in­épuisés, Il t'en­seigna jadis la douceur des bais­ers, Il t'ap­pren­dra le no­ble orgueil, la sainte joie De saisir, d'em­brass­er le vrai comme une proie, Et de sen­tir en soi le doute évanoui. Vis avec lui! Cherche avec lui! Pense avec lui! Ayant reçu de moi l'im­mortelle se­mence, Il faut qu'il la trans­mette, et son labeur com­mence. Donc, toi, Myrrhine, sourde à la vaine rumeur, Sois la terre fer­tile où passe le se­meur Lev­ant sa large main par le grain débor­dée, Et de vous deux naî­tra la mois­son de l'idée. Ô Myrrhine, c'est là le véri­ta­ble hy­men, Et quand le laboureur s'ap­proche, ou­vrant sa main, Écoute avec fierté grandir son pas sonore. Ne le re­bute pas lorsqu'il vient dès l'au­rore, Et garde que, chargé de ses dons les meilleurs, Il ne porte la vie et la richesse ailleurs. Tu le peux! Ne par­er que son corps est bar­bare; Donc, pour que ton mari ne suive que toi, pare Aus­si ton âme, alors il en­ten­dra ta voix.

MYRRHINE.

Tu dis vrai! Tu dis vrai! Je le sens. Je le vois. Grâce à toi, je com­prends, en de­venant meilleure, Que toute la beauté n'est pas ex­térieure; Et tout ce qu'à ta suite il cherche en son en­nui, Mon Dracès dé­sor­mais le trou­vera chez lui. Sois béni par les Dieux, dont l'or­eille m'écoute, Ô maître ex­cel­lent, toi qui m'as fait voir ma route!

_À ce mo­ment on voit Xan­tippe, qui paraît sur la ter­rasse._

SCÈNE VII

MYRRHINE, SOCRATE, XAN­TIPPE _d'abord cachée_.

XAN­TIPPE, _à part_.

Que se dis­ent-​ils donc? Ils par­lent bi­en longtemps! Écou­tons.

MYRRHINE, _à Socrate_.

Je le sais depuis que je t'en­tends, Je puis vain­cre, et je n'ai plus rien qui m'em­bar­rasse.

SOCRATE, _avec bon­té_.

Va donc.

_Myrrhine va pour sor­tir; mais elle re­vient vers Socrate, par un vif mou­ve­ment d'ad­mi­ra­tion et de re­con­nais­sance._

MYRRHINE.

Bon philosophe, il faut que je t'em­brasse!

_Elle prend dans ses mains la tête de Socrate, et ap­plique sur son front et sur ses joues de bons gros bais­ers. Xan­tippe en­tre à ce même mo­ment et court vers Myrrhine, en proie à la plus vi­olente fureur._

XAN­TIPPE.

Bon ap­pétit, Myrrhine!

MYRRHINE, _sur­prise_.

Ah! Xan­tippe!

XAN­TIPPE.

C'est beau! Me voilà. Je serai votre porte-​flam­beau! Ah! co­quine! Ah! menteuse! Ah! chi­enne! Ah! scélérate! Voleuse! Tu ve­nais in­juri­er Socrate, Et faire ici du bruit pour ton mari per­du!

MYRRHINE.

Je lui di­sais...

XAN­TIPPE.

Mer­ci, j'ai très bi­en en­ten­du, Myrrhine! Tu t'y prends de la belle manière. Tu ve­nais ré­clamer ton mou­ton à crinière, Ton cher Dracès! Ah! coeurs de femme, êtes-​vous laids! Ton mari! C'est très bi­en le mien que tu voulais. Mais je com­prends: il t'en faut deux, peut-​être qua­tre.

_Im­itant la voix et la dé­marche de Myrrhine._

Je viens l'in­juri­er!

_Reprenant sur son ton na­turel._

Tu par­lais de le bat­tre, De faire du tu­multe et de tout jeter bas. Ah! par Hé­cate! c'est à beaux bras que tu bats! Cette façon de bat­tre est aimable et gen­tille, Mais tu vas voir comme on s'y prend dans ma famille!

_Xan­tippe veut se pré­cip­iter sur Myrrhine; mais Socrate ar­rête sa femme, la prend dans ses bras et l'y re­tient cap­tive._

SOCRATE, _ten­ant Xan­tippe_

Tout beau. Là. Calme-​toi, ma femme.

XAN­TIPPE, _es­sayant en vain de se dé­gager_.

Laisse-​moi, Toi, philosophe! Il a pour elle de l'ef­froi! Et, comme c'est tou­jours la sagesse qu'il cherche, Il se con­tenterait très bi­en de cette perche. Mais je la veux! Du moins une fois pour­ra-​t-​on Voir en­fin le coussin qui bat­tra le bâ­ton!

MYRRHINE, _timide­ment_.

Si j'ai baisé le front de Socrate...

XAN­TIPPE.

Sa bouche En con­vient. L'im­pu­dence est chez elle farouche. Ain­si tu ca­res­sais, pareille au flot amer, Ce front plus dénudé qu'un rocher de la mer! J'ai très bi­en vu. Pareille à la nymphe qu'amuse Un faune, tu bai­sais cette tête ca­muse! Railleur, chauve, égarant au ciel ses yeux er­rants, Il est à moi. Cela suf­fit. Tu me le prends! Les paroles de miel qui tombent de tes lèvres N'ex­ci­tent pas en lui d'as­sez ar­dentes fièvres; Tu fais en vain sur lui ruis­sel­er tes cheveux, Cela ne suf­fit pas; alors, comme tu veux Que le docile Amour ac­coure sur vos traces, Quand ce n'est plus as­sez des dis­cours, tu l'em­brass­es! Tu ri­ais! Main­tenant, belle, tu vas pleur­er, Car je vais te grif­fer et te dé­fig­ur­er, Et je veux que ton oeil de colombe se ferme!

_Xan­tippe s'échappe, et va se jeter les po­ings fer­més sur Myrrhine._

MYRRHINE, _rec­ulant, épou­van­tée_.

Xan­tippe! Non! j'ai peur.

_Socrate rat­trape Xan­tippe, et de nou­veau la re­tient dans ses bras._

SOCRATE, _à Myrrhine_.

Ne crains rien. Je tiens ferme.

XAN­TIPPE, _voulant se dé­gager_.

Socrate, laisse-​moi! quoi! je ne pour­rai pas La mor­dre!

SOCRATE, _tran­quille­ment_.

Non.

XAN­TIPPE.

Ami, laisse-​moi faire un pas!

SOCRATE.

Non certes.

XAN­TIPPE, _re­gar­dant Myrrhine avec des yeux ar­dents_.

Qu'à mon tour je l'em­brasse! Ah! l'in­digne, Voyez-​la qui se penche, avec son cou de cygne! Ce cou char­mant, je veux le tor­dre!

SOCRATE.

Écoute-​nous, Xan­tippe.

XAN­TIPPE.

Non, je veux la met­tre à deux genoux Là, de­vant moi, plonger mes deux mains dans l'or fauve De cette chevelure, et la ren­dre plus chauve Que son amant, le beau Socrate!

_Ex­as­pérée et faisant un suprême ef­fort._

Al­lons! pourquoi Me retenir? Je veux...

SOCRATE.

Xan­tippe, calme-​toi.

XAN­TIPPE, que sa rage étouffe.

Je veux... Je veux... le sang inonde ma poitrine... Et j'étouffe... Je meurs... De l'air!... De l'air!...

_Elle tombe sur le lit de re­pos, pâle et inan­imée._

SOCRATE, _boulever­sé_.

Myrrhine, Elle pâme! De l'eau!

_Il s'age­nouille aux pieds de Xan­tippe et tâche de la ranimer._

MYRRHINE, _ap­por­tant un vase d'eau_.

Quand ses yeux s'ou­vriront, Je lui di­rai...

SOCRATE.

Mouil­lons ses tem­pes et son front. Vois, la neige en­vahit son vis­age im­mo­bile. Ô Myrrhine, elle meurt.

MYRRHINE.

Pas du tout. Sois tran­quille, Socrate. Je su­is femme. Elle vit. Je con­nais Cela.

SOCRATE, _penché sur Xan­tippe_.

Xan­tippe, viens. Ou­vre tes yeux. Re­nais! Vois dans quelle douleur ton si­lence me jette. En­tends-​moi! Par­le-​moi! Non, sa bouche est muette. Dieux! Je suc­combe. Ayez pitié de mes tour­ments! Au sec­ours! Dieux!

_Pen­dant que Socrate a pronon­cé ces derniers vers, sont en­trés An­ti­sthènes, Prax­ias, Eu­po­lis, Dracès, Mélit­ta, Bac­chis et tous les per­son­nages qu'on a vus à la scène qua­trième._

SCÈNE VI­II

MYRRHINE, SOCRATE, XAN­TIPPE, AN­TI­STHÈNES, PRAX­IAS, EU­PO­LIS, DRACÈS, MÉLIT­TA, BAC­CHIS, Citoyens et Femmes d'Athènes.

DRACÈS, _à Socrate_.

Pourquoi de tels gémisse­ments?

MYRRHINE, _met­tant un doigt sur les lèvres_

Tais-​toi, Dracès.

DRACÈS.

Myrrhine ici! Quelle merveille!

AN­TI­STHÈNES, à Socrate.

Pourquoi ces pleurs?

SOCRATE, _mon­trant Xan­tippe évanouie_.

Voyez Xan­tippe!

PRAX­IAS.

Elle som­meille?

SOCRATE.

Elle meurt.

MÉLIT­TA, _après avoir re­gardé Xan­tippe_.

Ne crois pas cela.

BAC­CHIS, _de même_.

Bé­nis les Dieux! Elle vit et respire.

MYRRHINE, _à Socrate_.

Et tu vas voir ses yeux S'ou­vrir à la clarté du ciel.

MÉLIT­TA, _à Socrate_.

Reprends courage, Maître.

MYRRHINE, _aux as­sis­tants, sans être en­ten­due de Socrate_.

Sa pâ­moi­son vient d'un ac­cès de rage. L'évanouisse­ment est réel; cepen­dant, Ne pas s'in­quiéter sans mesure est pru­dent.

SOCRATE.

Sec­ourez-​la!

BAC­CHIS, _ri­ant, à Mélit­ta_

Cé­dons à son désir friv­ole.

SOCRATE.

Je trem­ble que son âme er­rante ne s'en­vole.

_Les femmes en­tourent Xan­tippe, mais sans mon­tr­er une réelle in­quié­tude. Socrate va se join­dre à elles, lorsque Eu­po­lis l'ar­rête et lui barre le pas­sage._

EU­PO­LIS, _d'un ton railleur_.

Et voilà tout?

DRACÈS.

C'est pour cela que tu gémis?

PRAX­IAS.

Quoi donc! C'est pour cela qu'il pleure!

AN­TI­STHÈNES.

Ô mes amis, Pour une femme folle,

DRACÈS.

Acar­iâtre,

EU­PO­LIS.

In­juste,

AN­TI­STHÈNES.

Som­bre,

PRAX­IAS.

D'un en­tre­tien haineux,

AN­TI­STHÈNES.

D'un es­prit fruste,

DRACÈS.

Amère,

EU­PO­LIS.

Qui le fait ploy­er comme un roseau,

PRAX­IAS.

Et qui tou­jours fait rage avec ses cris d'oiseau!

BAC­CHIS.

Certes, s'il ne te faut qu'une épouse meilleure,

MÉLIT­TA.

Et plus douce,

BAC­CHIS.

Tu peux la trou­ver tout à l'heure.

AN­TI­STHÈNES.

Ne pleure pas, de peur de ressem­bler aux fous, Le mal dont tu guéris à pro­pos.

SOCRATE.

Taisez-​vous! Xan­tippe va sor­tir de ma mai­son déserte, Et j'en sens dans mon coeur l'ir­ré­para­ble perte. Car son utile rage était le fou­et tê­tu Dont la rude lanière éveil­lant ma ver­tu, Comme l'âne fouail­lé par le vieil­lard Silène, Tenait ma pa­tience et ma farce en haleine. Si quelqu'un me ve­nait vers­er, dans ma mai­son, La molle flat­terie et son sub­til poi­son, Quand j'avais jusqu'au bout, heureux et fi­er de vivre, Savouré ce doux miel trompeur qui nous enivre, Ma Xan­tippe farouche, âpre comme la mer, Me guéris­sait bi­en vite avec son fiel amer. Sou­vent, amis, loué par tous, on le devine, J'ai pu me croire is­su d'une race di­vine; Mais son souf­fle railleur, glis­sant sur mon front nu, Me di­sait: «Tu n'es rien que le pre­mier venu!» S'en­dor­mant et mourant dans un re­pos vul­gaire, Notre ver­tu ressem­ble à ces cour­siers de guerre Qui de­vi­en­nent oisifs sur le gazon des prés; Et lorsque je rê­vais, ri­ant aux cieux pour­prés, Ou­bliant tout, Xan­tippe ac­courait dès l'au­rore, Et son cri m'éveil­lait comme un cla­iron sonore!

PRAX­IAS.

Maître! viens avec nous.

AN­TI­STHÈNES.

Li­bre de tous liens, Pense!

EU­PO­LIS.

Nous en­ten­drons tes sub­tils en­tre­tiens Sur les grands Dieux et sur l'éter­nité des choses, Près du clair Ilis­sos, bor­dé de lau­ri­ers-​ros­es.

BAC­CHIS.

Et peut-​être, au soleil qui t'il­lu­min­era, Plus tard, quelque nais­sant amour devin­era L'énigme de ton coeur, mys­térieux OEdipe,

MÉLIT­TA.

Et te con­sol­era d'avoir per­du Xan­tippe.

SOCRATE.

Elle ab­sente, je n'ai plus faim pour d'autres mets. Sa place reste vide.

_Avec une douleur vi­olente et naïve._

Et quelle autre ja­mais Ex­cellerait comme elle à prodiguer l'in­sulte? Vi­vant près de Xan­tippe au sein du noir tu­multe, Je ne craig­nais plus rien, ni le pe­uple mou­vant, Ni le ton­nerre, ni la grêle, ni le vent, Ni le soleil, ni l'âpre hiv­er et la froidure. Sans elle, nul es­poir que ma sagesse dure, Car au bruit de sa voix gron­dant comme un tor­rent, Je veil­lais, je di­sais à toute heure: «Ig­no­rant, Pense, étudie, ap­prends! Vil es­clave, tra­vaille!»

EU­PO­LIS.

À ce titre, il n'est pas une autre qui la vaille.

PRAX­IAS.

Elle eût épou­van­té l'or­age,

AN­TI­STHÈNES.

Et les ty­phons.

_Xan­tippe s'éveille sans être vue des as­sis­tants, écoute les paroles de son mari, avec éton­nement d'abord, puis les boit avide­ment, et, comme en­traînée à mesure qu'il par­le, tend les bras vers Socrate. À ce mo­ment, Myrrhine seule est près d'elle._

SOCRATE, _suiv­ant sa pen­sée_.

Ain­si, vers la clarté des abîmes pro­fonds Dans lesquels se ré­pand la vie uni­verselle, Em­por­tant mon es­prit et ma force avec elle, Xan­tippe va s'en­fuir, et je la pleure. Mais D'ailleurs pourquoi ne pas le dire? Je l'aimais!

XAN­TIPPE, _à elle-​même_.

Que dit-​il! Cette joie est pour moi la pre­mière. Il m'aime!

MYRRHINE, _à Xan­tippe_.

Puisqu'en­fin tu revois la lu­mière, Vite, ap­pelons le maître. Il faut le con­sol­er.

_Ap­pelant Socrate, qui ne l'en­tend pas._

Socrate!

XAN­TIPPE, _met­tant sa main sur la bouche de Myrrhine

Ne dis rien. Non, laisse-​le par­ler.

SOCRATE, _avec un sen­ti­ment pro­fond_.

Je l'aimais, car fidèle épouse d'un pau­vre homme, Elle vi­vait pour moi, probe, so­bre, économe. Or­don­nant la mai­son, voy­ant tout par ses yeux, Elle était ma com­pagne et me chéris­sait mieux Que ceux dont la douceur louangeuse me flat­te. Je l'aimais et je l'aime en­core.

XAN­TIPPE, _courant à Socrate_.

Cher Socrate! Quoi! Tu m'aimais!

SOCRATE.

Xan­tippe! Elle, Dieux im­mor­tels!

AN­TI­STHÈNES.

L'en­fer n'a pas voulu la pren­dre.

XAN­TIPPE, _ravie, à Socrate_.

Après de tels Aveux, com­ment ne pas re­naître?

SOCRATE.

Elle! Xan­tippe! Vi­vante!

XAN­TIPPE.

Et cor­rigée. Oui, l'er­reur se dis­sipe. Je n'avais rien de bon, je se­mais la ter­reur De­vant moi, je n'étais que rage et que fureur; J'étais folle, cru­elle, abom­inable, in­digne, Farouche, noir­cis­sant la colombe et le cygne, Plus méchante, en un mot, que le ser­pent Python. Mais tu m'en puni­ras, ami.

_Elle va pren­dre un bâ­ton et l'ap­porte à Socrate_.

Prends, ce bâ­ton. Il ne faib­li­ra pas, il est gros comme qua­tre.

SOCRATE.

En ef­fet. Mais pourquoi ce bâ­ton?

XAN­TIPPE.

Pour me bat­tre! Oui, tu me bat­tras.

SOCRATE.

Moi! Pourquoi?

XAN­TIPPE.

Pour châti­er Mes colères, mes cris, mes pleurs, mon coeur al­ti­er, Ma méchanceté rare et mes fureurs in­grates. De­vant tous ces gens-​là je veux que tu me bat­tes. De­vant tous. Les pe­tits pour voir ten­dront leurs cous. Vite! Bats-​moi. Je veux ex­pir­er sous tes coups. Alors que tu m'aimais, je te bat­tais moi-​même: À présent, c'est mon tour, puisque c'est moi qui t'aime! Cher mari, tu pleu­rais, tu pâlis­sais d'ef­froi, Me croy­ant morte. Al­lons, pas de pitié. Bats-​moi!

SOCRATE.

Non pas.

XAN­TIPPE.

Mon cher pe­tit Socrate, bats-​moi vite!

SOCRATE.

Je ne te bat­trai pas.

XAN­TIPPE.

De grâce! Je t'in­vite À me bat­tre!

SOCRATE.

Mais non.

XAN­TIPPE.

Je t'en sup­plie.

SOCRATE, _pa­ter­nel_.

Al­lons!

XAN­TIPPE, _lui ten­dant le bâ­ton_.

Tiens, ne me soumets pas à des dé­tours si longs! Socrate, bats-​moi.

SOCRATE.

Pas du tout.

XAN­TIPPE.

Je t'en con­jure!

SOCRATE.

Hé! Point!

XAN­TIPPE.

Me re­fus­er serait me faire in­jure.

SOCRATE.

Mais non.

XAN­TIPPE, _écla­tant en pleurs_.

Bats-​moi!

SOCRATE.

Voilà qu'elle pleure à présent! Tu veux...

XAN­TIPPE.

Je veux cent coups.

SOCRATE.

Mais...

XAN­TIPPE.

Fais-​moi ce présent. Donne-​moi cent coups.

SOCRATE.

Non.

XAN­TIPPE.

Je n'en puis rien ra­bat­tre.

SOCRATE.

Voyons, bonne Xan­tippe, il faut...

XAN­TIPPE, _frap­pant du pied. Avec colère_.

Il faut me bat­tre!

SOCRATE, _lev­ant les yeux au ciel_.

Apol­lon! jour, es­prit, clarté, pro­tège-​nous!

_À Xan­tippe._

Quit­tons ce vain pro­pos.

XAN­TIPPE, _in­sis­tant_.

J'em­brasse tes genoux.

SOCRATE, _douce­ment per­suasif_.

Te bat­tre! ce serait folie!

XAN­TIPPE, s'an­imant.

Ô sort mo­rose! Me va-​t-​il re­fus­er en­cor si peu de chose? Quoi donc! Ayant si bi­en pleuré sur mon tré­pas, Tu me dé­daign­erais! Tu ne me bat­trais pas! Prends garde.

SOCRATE, _avec bon­homie_.

Que ton coeur pour le bi­en s'évertue, C'est ad­mirable; mais vouloir être battue De­vant tous, ap­porter même un bâ­ton, cela, Ma femme, c'est tomber de Charybde en Scyl­la.

XAN­TIPPE, _déjà fu­rieuse_.

En Scyl­la! Donc je su­is un mon­stre. Je dévore Les nau­ton­niers! Vas-​tu m'in­juri­er en­core? Veux-​tu me bat­tre, ou non?

_Socrate ne répond pas_.

Tu ne veux pas?

SOCRATE.

Non.

XAN­TIPPE.

Non? Si fait! Tu me bat­tras, ou j'y perdrai mon nom.

SOCRATE.

Mais non.

XAN­TIPPE, ex­as­pérée.

Bats-​moi.

SOCRATE.

Non, par Her­cule sec­ourable!

XAN­TIPPE.

Tu ne veux pas?

SOCRATE.

Non.

XAN­TIPPE.

Non?

_Je­tant le bâ­ton et don­nant un souf­flet à Socrate._

Eh bi­en! Tiens!

_Xan­tippe, stupé­faite de sa pro­pre ac­tion et comme foudroyée, tombe aux pieds de Socrate._

XAN­TIPPE, _à genoux. Avec con­fu­sion_.

Mis­érable! Voilà que je re­tombe en mon égare­ment. Ta Xan­tippe n'est rien que dé­mence et tour­ment. Hélas! à quoi, tail­lée en une telle étoffe, Peut-​elle donc servir?

SOCRATE, _la rel­evant et la prenant dans ses bras_.

À faire un philosophe!

_À Dracès._

Et toi, bon Dracès, prends Myrrhine par la main; Savourez à longs traits, sans at­ten­dre à de­main, Le bon­heur que les Dieux of­frent avec largesse, Et vous au­rez aus­si, par sur­croît, la sagesse.

XAN­TIPPE, _dans les bras de Socrate._ _Au pub­lic._

Tout le mal est venu de la femme. Rai­son Ob­scur­cie, ap­pétit du lu­cre, trahi­son, Coupes d'or où les vins sont mélangés de lie, Tout crime, tout men­songe heureux, toute folie Vient d'elle.

SOCRATE.

Adorez-​la pour­tant, puisque les Dieux L'ont faite.

_Après avoir rêvé._

Et c'est en­cor ce qu'ils ont fait de mieux!

_Le rideau tombe._

FIN

* * * * *

BOUR­LOTON.--Im­primeries réu­nies, B.

End of Project Guten­berg's Socrate et sa femme, by Théodore de Banville

*** END OF THIS PROJECT GUTEN­BERG EBOOK SOCRATE ET SA FEMME ***

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